L’antiracisme nouvelle génération; Les militants des Indivisibles veulent combattre les clichés, négatifs comme positifs, notamment grâce à l’humour.

France

by Rotman Charlotte

Libération: 15 mai 2007

 
Ils souhaitent être des "Français, sans commentaires". Marre des expressions "blacks", "beurs", "immigrés de la énième génération". Ils ne veulent surtout pas nier leurs origines mais n’en peuvent plus qu’on les leur mette sous le nez à la moindre occasion. Ce sont les Indivisibles, nés en 2006. Ils se réunissaient la semaine dernière comme chaque quinzaine : c’était le lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy. "On s’est toujours pensés comme Français, cela n’a jamais été mis en doute… jusqu’à un certain moment, raconte Rokhaya Diallo, la présidente . Etre français et ne pas être blanc, cela entraîne des questions sur notre "francitude"." Au départ, il y a des anecdotes, des "absurdités" entendues sur leur compte : l’inévitable question "tu viens d’où ?" et la déception quand la réponse se limite au lieu de naissance, de résidence, " Paris", "la Picardie"."En fait, tout tournait autour de la question : "qu’est-ce qu’être français ?"" explique Sabri Haddad, 28 ans, vice-président de l’association. Ils le disent : le succès du thème de l’identité nationale martelé par Sarkozy a rendu leur engagement "plus urgent".

"L’identité nationale n’est plus blanche et judéo-chrétienne… ça, c’est sa France à lui", attaque l’un des Indivisibles. L’antiracisme nouvelle génération; Les militants des Indivisibles veulent combattre les clichés, négatifs comme positifs, notamment grâce à l’humour. Libération 15 mai 2007 mardi Les membres de l’association s’étonnent ainsi de la présence du président nouvellement élu à la commémoration de la fin de l’esclavage, jeudi dernier. Ils sont plus apaisés que ce qu’imagine Sarkozy quand il fustige la "repentance".

 

"Les gens demandent une reconnaissance, dit Rokhaya, ce n’est pas moi en tant que fille de colonisé qui t’en demande à toi, fille de colon. On est juste deux filles qui s’interrogent sur une histoire commune." Alexandra Henry, 27 ans, secrétaire générale adjointe, blanche, acquiesce.

"Bon élève". Noria : "Quand il dit "la France, soit tu l’aimes, soit tu t’en vas", il veut gommer la pensée critique." Rokhaya reprend au bond : "Sarkozy, lui, il peut la critiquer mais quand tu as un faciès suspect, tu ne peux pas." Français-immigré, Sarkozy aussi joue avec ces notions. "Mais quand il dit "je suis fils de Hongrois", c’est pour montrer qu’il est un bon élève et faire une distinction avec les autres", dit Noria.

 Ces jeunes d’origines diverses qui veulent combattre le racisme ordinaire auraient pu atterrir au Mrap, à SOS Racisme, au Cran… "Le discours public légitime une imagerie, des postures", regrettent-ils. "Parfois les clichés sont entretenus par les gens concernés eux-mêmes. On veut détruire les clichés négatifs mais aussi positifs", dit Rokhaya. On est loin de l’antiracisme bon enfant des années 80. Pourquoi ne pas militer chez les Indigènes de la République, pour qui les discriminations actuelles sont la séquelle du colonialisme ? "On ne veut pas produire des explications sur les causes", dit Sabri Haddad. Les Indivisibles sont plus ludiques. Ils préfèrent l’humour à la posture de victime, et travaillent sur les représentations. Ils veulent organiser les awards des meilleurs trucs racistes (noms de rues, anecdotes), inventent des saynètes, traquent les préjugés dans les pubs, les dessins animés, à la télé "où, selon Rokhaya, garder les cheveux crépus relève du défi".

 

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